Décembre – Romain Montimart

Pour le mois de Décembre, nous souhaitions mettre à l’honneur un métier qui demande une connaissance de la montagne infaillible : le métier de pisteur-secouriste.
On les croise tout l’hiver dans les stations mais on parle peu de ces personnes qui peuvent vous sauver la vie.

Romain fait partie de ces personnes là et nous avons eu la chance de pouvoir le rencontrer. Nous vous laissons le découvrir dans le nouveau portrait du mois , et qui sait il pourra peut provoquer une nouvelle vocation chez certains…

Romain, peux tu te présenter?

Salut à tous ! Moi c’est Romain, 34 ans. Je vis à La Clusaz depuis maintenant une dizaine d’années mais je suis originaire du Cantal. Avec ses beaux volcans, c’est la plus belle région du monde (en toute objectivité… 😉). Mon attrait pour de plus hauts sommets m’a poussé à migrer dans les Alpes. Je suis papa de 2 enfants, Arthur 5 ans et Lou 1 an, ça occupe mais ce n’est que du bonheur.

Quel est ton travail ?

Comme beaucoup de personnes en station je suis saisonnier et je vais donc commencer une nouvelle saison d’hiver en tant que pisteur-secouriste à La Clusaz.

Pourquoi as-tu choisi ce métier?

Avec quelques année de ski club chez moi au Super Lioran et des journées entières à suivre mes parents à pied, en vélo, sur les skis ou dans les airs, j’ai très vite pris le virus du sport et des grands espaces.
Pas très scolaire, j’ai quand même obtenu une licence STAPS durant laquelle j’ai passé du bon temps et vite abandonné l’idée de devenir prof d’EPS.  J’ai décidé de passer mon test technique de pisteur. Dans la foulée j’ai suivi la formation pour obtenir mon brevet national de pisteur secouriste alpin. J’ai toujours eu l’envie de travailler dans l’univers du sport, et notamment en montagne et sur les skis. Le métier de pisteur était fait pour moi.

J’ai de la chance d’avoir comme bureau le massif des Aravis, et ça c’est merveilleux.

Quelles sont selon toi les qualités/valeurs qu’il faut avoir?

Le métier de pisteur-secouriste répond à 3 grandes missions:

♦L’accueil et l’information à la clientèle : et oui, fini le temps où le pisteur ou plutôt « le bourru » montagnard passait ses journées allongé dans les postes de secours ou à l’apéro… Aujourd’hui ce rôle d’accueil est primordial et nous sommes là pour vous renseigner! Alors n’hésitez pas à venir nous voir.
♦La prévention des accidents : balisage et jallonage des pistes, sécurisation des dangers (pose et entretien de filets, matelas, signalétique… ), déclenchement préventif d’avalanches pour les pisteurs « artificiers » (c’est également mon cas)
♦Les secours aux blessés: ceci représente 20% de notre temps de travail mais c’est un aspect très important de notre métier.

Un pisteur doit donc avoir, pour répondre à ces missions, un très bon niveau de ski et de bonnes capacités physiques. Il doit faire preuve d’un très bon sens du relationnel, avoir de  la rigueur et du sang froid. En toute logique il doit avoir une bonne connaissance du milieu montagnard.

Peux-tu nous décrire une journée de travail?

Aucune journée ne ressemble à une autre, mais la journée « type » du pisteur va commencer (très) tôt avec du déclenchement préventif d’avalanche si nécessaire. Vient ensuite l’ouverture du domaine skiable avec un passage sur toutes les pistes avant les premiers clients, avec un travail de vérification, d’entretien, de remise en place du matériel.. Le reste de la journée est occupé par des permanences, des secours aux clients, de l’accueil, des missions diverses mais également des entraînements (recherche de personnes ensevelies sous une avalanche par exemple).

As-tu quelques anecdotes à nous raconter?

Des bons moments, des anecdotes il y en a plein. Je suis privilégié de pouvoir travailler dans ce cadre exceptionnel, avec une super équipe de collègues, des clients sympas et une très bonne ambiance.
Difficile de retenir un moment précis mais j’apprécie les matins de déclenchements: le jour se lève à peine et nous sommes déjà là haut, dans des conditions météo plus ou moins dures, à réveiller le village par nos tirs explosifs et à faire de jolies virages dans la neige fraîche de la nuit. Des instants magiques qui demandent néanmoins une grande vigilance.
Certains secours plus ou moins épiques marquent aussi, avec différentes gravités de blessures. Je me rappelle notamment de cet Américain pendu à un arbre au milieu des barres rocheuses avec une fracture du fémur un jour de neige ou l’hélico ne volait pas. Il y a eu aussi cette avalanche sur le secteur de Balme en décembre 2013 qui a fait malheureusement deux victimes…. Nous sommes une vraie équipe dans les bons comme dans les mauvais moments, cela aide à surmonter certaines épreuves.

Les débriefings de certaines journée, de certains secours entre collègues autour d’une (ou deux…) bières peuvent durer tard dans la nuit…mais c’est la meilleure des thérapies.

Qu’est-ce qui te fait vibrer le plus lorsque tu es en montagne?

Etre en montagne c’est avant tout pour moi un sentiment de liberté face à la nature, de bien être, et c’est un réel besoin que j’éprouve. C’est un véritable terrain de jeu que j’aime parcourir de différentes manières, sur terre ou dans les airs mais toujours avec un aspect ludique. Transpirer pour transpirer, la randonnée à pied, le trail, cela ne m’a jamais vraiment passionné. J’aime être récompensé de mes efforts physiques: quand je monte à pied c’est souvent pour redescendre en parapente et m’offrir un joli vol, en ski de rando c’est pour faire de belles courbes à la descente, en VTT pour m’éclater dans de jolis chemins … Et quand ces journées sont partagées avec des copains ou de la famille le plaisir est décuplé (et en plus, c’est plus prudent 🙂 ).

Que fais-tu l’été?

Mes années de fac m’auront au moins permis, en plus d’avoir trouvé ma chérie, de passer mon diplôme de maître nageur. L’été je travaille donc (en pensant à l’hiver…) en tant que MNS chez les voisins du Grand Bornand dans un magnifique cadre.

As-tu des passions à nous faire partager? 

Mes 2 jobs ont l’avantage de me laisser beaucoup de temps libre entre les saisons (4 mois ça fait rêver non?). J’en profite donc pour prendre du bon temps et voyager même si avec les enfants c’est un peu plus dur. Je rentre par exemple de Thaïlande. J’étais également en Norvège au printemps dernier pour tourner un film de freerando dans les magnifiques fjord de la région de Tromso, Dope. Nous avons eu le privilège de le présenter cette année au High Five Festival. J’aime les images, photos, vidéos et j’essaye de faire partager mes passions au plus grand nombre à travers des clichés ou des films.
Je pratique également le speed-riding avec une bonne bande de pote à La Clusaz: un mélange de ski freeride et de parapente, de la glisse dans les airs et sur la neige, ça décoiffe!

Photos: JC Caslot, Xavier Ferrand, Ben Damman.

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